
Vérité / Post-vérité – Revue APPROCHES n°192
À l’heure de la post-vérité, où se brouillent les frontières entre le vrai et le faux, le nouveau numéro d’APPROCHES interroge la vérité comme exigence intellectuelle, politique et littéraire. Cette revue de sciences humaines, d’arts et de littérature propose une réflexion collective sur les transformations contemporaines du rapport au vrai.
Avec les contributions de Gilles D. Perez, Éric Benoit, Charles Garatynski, Christian Cavaillé, Déborah Winterstein-Graciani, Maria Ibrahim, Anne-Marie Baron, Jérôme Constantin et Sylvie Peyturaux.
Éditorial
Faire de la présentation d’une certaine image la base de toute une politique – chercher non pas la conquête du monde, mais à l’emporter dans une bataille dont l’enjeu est « l’esprit des gens » – voilà bien quelque chose de nouveau dans cet immense amas de folies humaine.
Hannah Arendt
« Post-Vérité ». Si l’expression s’est banalisée depuis quelques années, elle ne laisse toutefois pas de susciter interrogation. Que pourrait-il bien y avoir « après » la vérité ? La réponse est simple, il suffit d’observer : mensonge, propagande, rumeur, fake news, désinformation, « faits alternatifs », complotisme… Rien d’inédit au fond, mais les nouvelles technologies, dont l’intérêt est par ailleurs évident, ont donné à ces phénomènes une ampleur et une puissance sans précédent, discréditant la parole de l’expert, le scientifique, le journaliste, brouillant la frontière du vrai et du faux, du réel et de l’illusion, du fait et du fantasme.
Cependant, nous avons appris au fil du temps que « LA » Vérité, absolue, éternelle, immuable n’existe pas ; que les faits, pour être incontestables, doivent être établis par la preuve, quelle qu’en soit la nature. Heureuse prise de conscience qui préserve du dogmatisme, du fanatisme qui se greffe aisément sur lui. Mais pour n’être que relative, la vérité ne doit-elle pas demeurer ce qu’elle a toujours été : une valeur ? Que resterait-il de la confiance, la sincérité, l’honnêteté, toutes choses essentielles dans les relations humaines, si disparaissait l’exigence de vérité ? Si pour chacun de nous, tout n’était que mensonge et illusion ?
On en vient à penser qu’il faut toujours être attentif aux mots. La notion de « post-vérité » n’est-elle pas en soi un outil de manipulation ? Ne s’agit-il pas de faire croire que nous en avons terminé avec la vérité, qu’il n’est plus requis, plus même permis, de la désirer, de la chercher, la défendre et, surtout, de la dire ? Menace d’un relativisme délétère, propre à favoriser toutes les formes d’oppression…

Sylvie Peyturaux, directrice de la rédaction*
Agrégée et Docteur en philosophie, Sylvie Peyturaux enseigne en Classes préparatoires aux Grandes Écoles.
Sommaire du Dossier : Vérité / Post-vérité
Court Dialogue entre la Vérité et la Post-vérité – Gilles D. Perez
Pré-histoire de la post-vérité – Éric Benoit
Witkacy, prophète de la post-vérité ? Drogues, propagande et falsification du réel dans L’Inconscient – Charles Garatynski
Fausseté de la « post-vérité » – Christian Cavaillé
L’autorité du faux : images animées, IA et vérités sensibles (de Méliès à l’algorithme) – Déborah Winterstein-Graciani – Maria Ibrahim
F. for Fake (Vérités et mensonges) d’Orson Welles – Anne-Marie Baron
La vérité désarmée : Camus, Orwell et la résistance du langage à l’ère du mensonge – Jérôme Constantin
Culture
Livres
Hurlevent d’Emerald Fennell. Réflexions sur une adaptation
Anne-Marie Baron
Vérité filtrée : le regard sous influence
Déborah Winterstein-Graciani
Une vision de l’unité humaine : Antoine de Saint-Exupéry
Jean-Bernard Jolly


