De la question de l’universalité de l’humanité à ses frontières mouvantes, des défis éthiques contemporains aux figures de l’altérité, chaque contribution interroge ce qui fait de nous des êtres humains. Les auteurs réunis ici proposent des analyses, des récits et des réflexions qui invitent à penser l’humain dans toute sa diversité, ses contradictions et ses espoirs. Un dossier dense et stimulant, pour éclairer notre époque et nourrir le débat sur ce qui nous relie et nous distingue.

Voici la liste des auteurs ayant contribué à ce numéro de la revue Approches :

Éric Benoit, Domenico Cambria, Christian Cavaillé, Elena Gueudet Motte, Thierry Hoquet, Jean-Bernard Jolly, Robert Lévy, Alexis Messmer, Gilles D. Perez, Sylvie Peyturaux, François Rachline, Olivier Sécardin, Emeline Ydée


S’il se vante, je l’abaisse. S’il s’abaisse, je le vante.
Et le contredis toujours. Jusqu’ à ce qu’il comprenne
qu’il est un monstre incompréhensible.

Blaise Pascal

Il est vrai que nous sommes pleins de contradictions ; ce qui fait de
l’humanité un sujet de réflexion privilégié. Car l’homme est un
« entre-deux », « ni ange ni bête », ainsi que le décrit Pascal, ni tout
à fait animal ni tout à fait raisonnable, ainsi que le voit Kant. Ce statut, exceptionnel, nous rend très souvent « incompréhensibles », en effet, imprévisibles, à première vue, susceptibles du meilleur comme du pire ; le cours du monde nous le montre constamment.

Et pourtant, il convient de ne pas s’en tenir au constat et tenter
de nous comprendre. Que chacun se comprenne soi et s’efforce de
comprendre les autres. C’est là une tâche qui nous incombe, sans
exemple dans le monde animal où les relations sont réglées par l’instinct et qui, aussi violent qu’il puisse être, ne présente nulle trace
de méchanceté. Nous, les humains, sommes livrés à nous-mêmes.
Nous devons « fabriquer » nos relations, entre particuliers, au sein de la société, entre les États et, à cette fin, entrer dans l’ordre du droit.
Il serait délétère d’attendre que les bonnes volontés se déterminent
d’elles-mêmes à la bienveillance, faire passer l’intérêt du tout devant
l’égoïsme du « chacun pour soi » ; délétère et absurde, cela n’arrivera pas. Donner la force au droit pour nous préserver de la violence et
de l’injustice, voilà la solution.
Si l’on ne peut se garder tout à fait d’une forme de pessimisme
au regard des conduites humaines, il importe cependant de s’attacher
à ce qui fait notre humanité, la parole au premier chef. La
parole qui apaise, qui nous lie les uns aux autres, qui nous réunit
quand nous ne nous comprenons plus. Et puis peut-être la raison,
« chose du monde la mieux partagée » ; du moins, essayons-nous
d’y croire… Aucune machine, même la plus sophistiquée, ne sait
faire ce que nous savons faire : écouter, pardonner, se pardonner
à soi et aux autres, parce qu’elle ne sait pas ce que c’est qu’être un
humain, de l’intérieur, comme nous le savons, nous.
« Monstre incompréhensible », sans doute, mais admirable de
complexité, sujet d’étonnement depuis toujours et pour longtemps
encore. C’est ainsi qu’il faut nous prendre, sans aller chercher plus
loin.

* Agrégée et Docteur en philosophie, Sylvie Peyturaux enseigne en Classes préparatoires aux Grandes Écoles.



La revue n°193 est disponible en version papier et en version numérique
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